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La Vie immobilière N° 8Paru le vendredi 1 juin 2007 à 00h00

La villégiature s'est démocratisée ,,


Dans son dernier ouvrage, La Maison de campagne, xviie- xxie siècle*, l'historien Marc Boyer propose une histoire culturelle de la résidence secondaire. Rencontre.

A quand remonte l'invention de la maison de campagne ?

M. B. A l'évidence, le phénomène était connu des Romains. Cicéron et Tite-Live, notamment, aimaient quitter Rome et se retirer en Campanie, dans le golfe de Naples. Plus que la mer, ils appréciaient la vue magnifique sur le Vésuve et les vergers. Au Moyen Age, les puissants possédaient des terres et des châteaux. Il faudra ensuite attendre le début de la Renaissance pour assister à un retour des maisons de villégiature. Les puissances deviennent alors urbaines, les marchands se font construire de beaux hôtels en ville et ont souvent une maison à la campagne. A Venise, ils partent en bateau, remontent le fleuve et arrivent dans leurs villas construites par Palladio. Voluptas et commoditas - plaisir et confort - sont les deux objectifs de cet architecte et sculpteur italien pour une villa à la campagne. Au xviiie siècle, l'aristocratie britannique envoie ses sujets biens nés vers le continent pour en faire des gentlemen. De cette rencontre avec la villegiatura italienne naît l'idée de la maison de campagne.

La maison de campagne actuelle serait donc un héritage anglais ?

En quelque sorte, oui. Les Britanniques, qui sont les puissants du monde à l'époque, vont utiliser une partie de leur richesse à se faire construire des maisons à la campagne avec des parcs à l'anglaise. Contrairement aux jardins à la française, conçus comme des écrins mettant en valeur la maison, leurs jardins sont dessinés comme des espaces ludiques. Le modèle est admiré sur le continent : Voltaire se vante par exemple d'avoir déniché une résidence à l'anglaise. Outre la révolution industrielle, les Britanniques ont aussi fait la révolution touristique et inventé un nouveau rapport à la campagne, qu'ils aiment profondément. Parallèlement, la fonction ostentatoire de la maison de campagne ne cesse de se renforcer.

Sa détention devient-elle synonyme de réussite ?

Exactement. Particulièrement pour les Méridionaux. A Nice, Toulon ou Marseille, les bourgeois prennent l'habitude se faire construire des bastides. Ils sont alors imités par les Lyonnais qui acquièrent des maisons sur les bords de la Saône dans lesquelles ils se rendent en bateau.

La résidence de villégiature s'est-elle ensuite démocratisée ?

Au début du xxe siècle s'est amorcée une imitation massive ; la bourgeoisie urbaine cultivée puis les couches moyennes prennent des vacances d'été et achètent des maisons de campagne. Rappelons qu'en 1850 au moins la moitié des rentiers, mais seulement 10 % des moyens et petits-bourgeois, possédaient des maisons de campagne.

D'après l'Insee, la France posséderait 4 millions de résidences secondaires. A quoi tient ce phénomène ?

Le xxe siècle est celui de l'augmentation numérique des maisons de campagne auxquelles accèdent des couches de plus en plus larges. Après une expansion élitiste au xixe siècle, la résidence secondaire a connu une explosion liée à une hausse de l'offre après la Seconde Guerre mondiale. A partir de 1945, les départements perdent leur population rurale et des maisons sont libérées. Les Français s'installent en ville et, au bout de une ou deux générations, récupèrent une maison familiale.

Cet engouement résulterait donc d'un processus de distinction, consistant pour les classes les moins élevées à s'approprier des pratiques de l'élite ?

Tout à fait. Mais la coupure entre résidence principale et secondaire s'atténue. De nombreuses résidences secondaires sont occupées plusieurs mois, les retraités sont polyrésidents, les urbains accumulent les longs week-ends... Cette mobilité permanente devient quelque chose d'essentiel. Dès qu'ils en ont les moyens, les Français achètent une, voire deux ou trois résidences, à la campagne, à la mer, à la montagne. Et cela se fait au détriment du voyage. Ils passent très peu de nuitées à l'étranger

* Editions Autrement, mars 2007, 16,15 Euro(s).

Propos recueillis par Ariane Artinian

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