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La Vie immobilière N° 4Paru le jeudi 1 février 2007 à 00h00

Le psy et l'acheteur inconscient


Les prix de l'immobilier continuent de progresser. Un peu moins rapidement aujourd'hui qu'hier mais toujours plus haut. C'est fou, au sens propre du terme !

protéger sa famille, investir pour la retraite, profiter des taux d'intérêt, faire une bonne affaire... Les raisons d'acheter un bien immobilier sont innombrables. Mais derrière ces raisons, par définition raisonnables, se cachent des motivations marquées du sceau de l'irrationnel. Seul un psy peut décrire les pulsions profondes qui expliquent l'amour parfois inconsidéré des Français pour l'immobilier, ou plus exactement pour l'acquisition de leur résidence principale. Psychiatre, spécialiste de la thérapie de couple, le Dr Jacques-Antoine Malarewicz* a tenté l'analyse. En allongeant les accédants à la propriété sur son divan, il a mis en évidence le besoin « archaïque » qui conduit nos contemporains à s'inscrire dans l'espace. S'il est archaïque, ce ressort inconscient a toujours existé, l'homme a toujours cherché à se construire un refuge, un abri, un toit. Mais dans un monde complexe et incertain, il est aujourd'hui d'autant plus fort que les autres références comme le temps ou la durée tendent à disparaître. « Le temps n'est plus linéaire, il est soit totalement contenu dans l'immédiateté de l'instant soit considérablement distendu dans un avenir sans limite », souligne le psy. Dans ces conditions, emprunter sur trente ou même cinquante ans ne pose plus aucun problème.

Autre ressort qui motive notre frénésie d'acquisition : la filiation, qui inscrit l'immobilier comme patrimoine à transmettre. Mais le fait d'avoir des enfants s'accompagne paradoxalement d'une fragilisation du mariage : quand les couples s'engagent plus facilement devant le banquier que devant le maire, se séparer d'une maison peut devenir plus douloureux que de quitter un conjoint ou une conjointe, constate le thérapeute. L'investissement dans un logement n'est plus seulement financier, mais aussi affectif, et, comme l'habitation devient l'unique symbole de stabilité et de solidité, la propriété est promue première, voire seule valeur sûre. Résultat : l'achat de son logement devient une nécessité qui « ne s'explique pas, ne se justifie pas et ne s'encombre pas de la crainte d'avoir à assumer des sacrifices ». Avec des acheteurs saisis par la névrose ou la psychose, le marché ne peut que s'éloigner chaque jour davantage de la voie de la sagesse. Fous, les prix le sont déjà, mais d'une folie disons ordinaire, résultant de facteurs économiques classiques (déséquilibre de l'offre et de la demande, insuffisance de la construction...) qui peuvent s'inverser.

Ce qui n'est évidemment pas le cas de notre pulsion irrésistible vers l'achat d'une maison, de préférence, ou, par défaut, d'un appartement, désir encore loin d'être assouvi. La France compte encore peu de propriétaires : 58 %, nettement au-dessous de la moyenne européenne (65,2 %), très loin derrière l'Espagne (84 %), selon des chiffres récemment publiés par le réseau ERA immobilier. En termes de prix, Paris ne se situe qu'à la septième place ; avec une moyenne de 287 748 euros par logement, Londres décrochant la première place (478 000 euros). J'achète, tu achètes, nous achetons... avec d'autant plus de force qu'un propriétaire, même petit, moche et gras, est symboliquement un homme des cavernes qui a réussi

* « L'Irrationnel dans l'acte d'achat immobilier », étude présentée dans le cadre du Salon national de l'immobilier (22 au 25 mars 2007 à Paris), par le Dr Jacques-Antoine Malarewicz, psychiatre et auteur notamment de Repenser le couple, Le livre de Poche, 2002.

Françoise Rey

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