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La Vie immobilière N° 3Paru le vendredi 1 décembre 2006 à 00h00

Le senior et sa résidence secondaire


La seule régulation du marché ne réglera pas la crise du logement, exacerbée par une évolution démographique à la portée jusqu'à présent minimisée.

Plus la population vieillit, plus le prix du mètre carré augmente. Si cette équation est juste, le krach de l'immobilier n'est pas pour demain. Côté vieux, la production bat son plein : les troupes de papy-boomers - que les statisticiens appellent d'ailleurs des cohortes - débarquent. Dès 2006, les générations nées après-guerre qui atteignent la soixantaine apportent un flux annuel de 300 000 personnes à la catégorie des seniors. En 2050, la France comptera 22,3 millions d'habitants âgés de plus de 60 ans, dont 11 millions de plus de 75 ans et près de 5 millions de plus de 85. Si ces chiffres de l'Insee sont publics, les conséquences de cette évolution démographique sont dramatiquement négligées. Une étude que vient de publier le Crédit foncier avec l'université Paris-Dauphine sur le choc sociologique auquel est confronté le marché du logement (lire page 42) doit nous ouvrir les yeux.

Le vieillissement de la population pèse sur la demande dans des proportions jusqu'alors insoupçonnées. La rotation de l'habitat se ralentit, avec une sous-occupation chronique des logements, les personnes âgées conservant un domicile de dimension familiale après que les enfants ont quitté le domicile de leurs parents. Mais, à l'entrée en retraite, cette mobilité s'intensifie, portée par trois motivations : le mouvement vers le soleil ou la mer qui touche toutes les régions du Midi, le retour au pays qui concerne des régions comme la Corse, la Bretagne, le Limousin, qui voient partir les jeunes et revenir les retraités, et la proximité des enfants, avec des grands-parents qui se rapprochent de leur progéniture. Avec l'arrivée de ces papys, les prix augmentent d'autant que le différentiel entre Paris et la province confère un pouvoir d'achat important aux arrivants venus d'Ile-de-France. En outre, pour les plus aisés, la maison de vacances ne suffit pas, c'est la notion de double résidence qui se développe. D'ores et déjà, les plus de 50 ans représentent bien plus de la moitié des acquéreurs de résidences secondaires. Et il ne s'agit que d'un début.

E ncore peu perceptible, la stratégie résidentielle des jeunes retraités pourrait, souligne l'étude, « se développer, au fur et à mesure que les nouveaux seniors prendront conscience que la durée de la retraite non dépendante approche les deux tiers de la vie active ». Le marché de la longère, fermette ou villa de bord de mer, déjà très prisé des étrangers, comme le révèlent d'ailleurs les enquêtes réalisées par La Vie Immobilière dans toute la France, ne peut donc que flamber. Parallèlement à cet irrésistible attrait du jeune senior pour le terroir, l'indéfectible attachement du vieux senior à son logement contribue également à la surchauffe. Même l'entrée en institution en cas de dépendance ne remet pas souvent sur le marché le logement quitté : les plus de 80 ans sont encore propriétaires à 64 % et ont laissé environ 170 000 logements vacants en 2005. Des données que les politiques, peu concernés par la vieillesse en dehors des canicules, devraient méditer. Ce n'est pas parce qu'ils commencent leur carrière quand les autres la finissent qu'ils peuvent se permettre de jouer les autruches

Françoise Rey

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