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La Vie immobilière N° 7Paru le mardi 1 mai 2007 à 00h00

Les gratte-ciel permettent de revitaliser la ville ,,


Les tours font un timide retour dans le paysage urbain français, comme sur le chantier d'Euroméditerranée à Marseille. Dominique Perrault, l'architecte de la bibliothèque François-Mitterrand à Paris, explique à La Vie Immobilière pourquoi il défend la verticalité.

Alors que de grandes tours sortent de terre dans les principales villes d'Europe, les constructions de plus de cent mètres de haut restent extrêmement rares en France. Pour quelles raisons ?

D. P. Le sujet est dans l'air du temps, mais la France prend le train en retard. A Paris, la hauteur moyenne est de 37 m et la réalisation d'immeubles de grande hauteur (IGH) nécessite la réactualisation de la réglementation. Le chantier d'Euroméditerranée bénéficie, lui, de dérogations. La plupart des villes européennes n'ont pas ces contraintes et la construction y est extrêmement dynamique. C'est Valéry Giscard d'Estaing qui avait décrété, lorsqu'il était président de la République, que, au-dessus de R + 4, on avait le vertige, et avait limité par là même la taille des édifices. La vision de l'architecture était un peu conservatrice à cette époque. Nous n'en sommes pas totalement sortis.

Pourquoi êtes-vous partisan d'un retour de grands buildings dans le paysage urbain ?

La verticalité permet de marquer un site, de créer des repères. Cela transforme la structure urbaine et revitalise la ville. C'est un gain économique et environnemental car on évite de consommer du foncier à tout bout de champ. C'est également un gain esthétique car le bâtiment apporte un élément de modernité dans la cité. Les gens qui y vivent jouissent de vues rares et très dégagées. La hauteur procure un sentiment de tranquillité, au-dessus de la foule. Ce type de construction est assez mal vu des personnes qui logent dans des édifices haussmanniens, mais ceux qui y habitent trouvent cela formidable. Il n'y pas une tour dans le monde qui soit vacante.

Les tours n'ont-elles pas été dévalorisées du fait de ratés esthétiques comme dans le quartier de Beaugrenelle, appelé « l'erreur architecturale de Paris » ?

C'est probable, mais la laideur est une caractéristique largement répandue en architecture et qu'il s'agisse de tours ou de petits immeubles ne change rien à l'affaire. Le problème de Beaugrenelle est que ce quartier n'a pas d'accroche au territoire. Il se jette directement dans la Seine. Il aurait probablement fallu construire une dalle pour créer un dégradé dans le paysage. La construction de ce quartier s'est arrêtée brutalement alors que ce type de projet ne se valorise que si on continue à le développer pour atteindre un effet de masse esthétiquement intéressant. La tour Montparnasse souffre du même problème.

Les tours sont souvent accusées d'être de grandes consommatrices d'énergie. Est-ce aujourd'hui un frein à leur développement ?

Ces immeubles n'échappent pas au débat sur les économies d'énergie. Et la plupart des grands chantiers en cours sont des bâtiments citoyens. Je conçois actuellement un IGH à Barcelone qui sera l'un des plus hauts de la ville. Il a un devoir d'exemplarité. Le bâtiment sera équipé de systèmes de panneaux solaires pour la lumière. Comme les fondations d'une telle construction sont profondes, elle sera chauffée par des capteurs enfouis souterrainement qui redistribuent la chaleur du sol dans l'édifice. Les façades sont en béton et toutes porteuses, les vitres sont particulièrement épaisses, ce qui rend le tout très isolant. Un système récupère l'énergie dégagée par les ascenseurs... Ces éléments provoquent certes un surcoût mais, pour les commanditaires, il s'agit aussi de démontrer que construire propre n'est pas un projet insensé. En France, on n'est intelligent que sous la contrainte et on a besoin de lois pour nous obliger à réfléchir. Les comportements sont différents à l'étranger

Propos recueillis par Jorge Carasso

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