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La Vie immobilière N° 4Paru le jeudi 1 février 2007 à 00h00

Ma loft story j'occupe une usine


Si le coût d'une surface brute dans une usine reste abordable, sa rénovation nécessite un budget important. C'est le prix à payer pour se créer un espace hors normes.

Un patio intérieur qui distribue la lumière vers le séjour et les chambres à travers d'immenses baies vitrées, une décoration léchée, sobre et contemporaine, où pointent des éléments de couleurs vives... Dans cette ancienne visserie lyonnaise reconvertie en loft sur deux niveaux à la lisière de Villeurbanne, Ingrid et Jean-Marie ont de quoi être fiers du projet qu'ils ont porté des années durant. Un bel espace de 240 m2 dont ils profitent depuis 2005 avec leurs deux enfants.

Il aura fallu près de cinq ans, dont onze mois de travaux, pour mener cette entreprise à bien. Et Ingrid s'en souvient comme si c'était hier : « Nous attendions notre deuxième enfant et souhaitions quitter notre trois-pièces dans le Vieux-Lyon pour devenir propriétaires. » L'idée d'un loft fait son chemin. Ils décident de contacter un architecte spécialisé, Claude Veyret. Le courant passe ; reste à trouver un lieu qui corresponde à leur cahier des charges : de l'espace, une terrasse, un prix de 100 000 euros pour la surface brute, plus 250 000 pour les travaux.

2000 Première visite

En 2000, l'architecte les rappelle. Un marchand de biens leur fait visiter un local en vente dans le 3e arrondissement, un ancien quartier industriel lyonnais. Le dépaysement est total. « C'était vaste, la hauteur sous plafond était gigantesque, se rappelle Ingrid. Une verrière ornée d'une magnifique grille d'époque illuminait le plateau. » Le lieu répond parfaitement à leurs souhaits et le prix annoncé, 114 000 euros, est correct. Le devis des travaux, à 120 000 euros, est inférieur à leur budget. Ils décident alors de s'offrir l'aménagement de leurs rêves.

Cinq lots sont disponibles. Ils élisent celui du fond, pour sa terrasse. Grâce à leurs revenus confortables, ils ont l'aval de la banque en quinze jours. Ils signent le compromis de vente et bloquent 5 % du prix d'achat pour réserver le bien. Reste à obtenir un permis de construire, l'une des clauses suspensives du contrat. C'est le début d'un long parcours cahoteux.

2001 Le début des ennuis

Le permis est accordé mais leur impose des limites, comme l'interdiction de percer des fenêtres en vertu d'un accord vieux de cinquante ans avec la propriété voisine. Impossible de passer outre, mais ils peuvent faire machine arrière. L'architecte évoque alors l'idée d'un patio intérieur pour pallier ce manque d'ouvertures. Cela nécessite 50 000 euros de plus et l'obtention d'une seconde autorisation municipale. Mais Ingrid et Jean-Marie, sous le charme de cette vieille usine, ne veulent pas renoncer à cette acquisition. Ils valident la vente.

Reste que le marchand de biens est aux abonnés absents. Il ne répond plus au téléphone, son bureau est fermé. Plusieurs semaines passent, il ne donne plus signe de vie. Leur lot est réservé, l'argent est bloqué chez le notaire ; mais, en l'absence de vendeur, la transaction semble suspendue, sans espoir de réussite.

Deux ans passent. Le couple n'y croit plus : « Nos amis nous disaient : "C'est l'Arlésienne, votre loft, on ne le voit jamais." Pour tout dire, on avait un peu baissé les bras et commencé à étudier d'autres pistes », se souvient Ingrid. Ils sont enfin recontactés en 2003. L'usine a changé de mains et le nouveau promoteur souhaite les rencontrer pour savoir s'ils sont toujours intéressés : les travaux de copropriété s'annoncent plus compliqués que prévu et il leur demande de débloquer 45 000 euros supplémentaires.

Ingrid et Jean-Marie, échaudés par ces rebondissements, verrouillent leur dossier avec l'architecte et entament des recherches quant à la réputation de ce marchand. Tout paraît en ordre. Ils donnent leur accord. La vente est signée fin 2003, les travaux peuvent enfin commencer.

Mars 2004 Gros oeuvre et petites tuiles

Les travaux sont colossaux, mais le couple s'y attend. L'espace doit être désamianté. Il faut également percer le toit pour créer le patio, qui fera office d'ouverture sur l'extérieur en l'absence de vraies fenêtres, installer des baies vitrées coulissantes en guise de cloisons, refaire la charpente, isoler la verrière, créer un deuxième étage... Jean-Marie part fréquemment en déplacement professionnel, Ingrid travaille à Lyon. C'est elle qui suivra l'avancée des travaux. Elle met en place chaque mardi une réunion de deux heures en présence de tous les corps de métier. « C'était important de faire le point sur ce qui était fait et ce qui restait à faire... », justifie Ingrid.

Avec l'arrivée de l'été surviennent les premiers soucis. L'entrée du parking est trop étroite pour les camions qui acheminent le matériel volumineux. Le patron de l'usine de chapeaux attenante accepte de les laisser transiter par sa cour pour que les ouvriers puissent hisser le nécessaire sur la terrasse. Cela ne dure qu'un temps. La fabrique par laquelle transitent les véhicules se fait cambrioler quelques semaines plus tard. Désormais, Ingrid doit être présente pour identifier chaque engin et rassurer le propriétaire du local... Fin juillet, fortes pluies et nouvelle tuile : un dégât des eaux survient. Le chantier est à ciel ouvert et l'eau est passée sous les murs séparant deux lots pour venir inonder le plancher chauffant du voisin. Finalement, plus de peur que de mal, l'orage n'aura laissé que quelques traces sur le bois. Soulagé, le couple voit d'un bon oeil l'arrivée des vacances. Les travaux s'arrêtent en août.

Automne 2004 Le loft prend forme

Le chantier redémarre en septembre. Le gros oeuvre touche à sa fin. En octobre, le plombier, qui vient de terminer la couverture et la zinguerie mais n'a pas débuté la plomberie, les lâche. « On n'avait pas besoin de ça », soupire Ingrid. Heureusement, l'architecte leur trouve un remplaçant en une semaine... le retard n'est pas trop important. Les baies vitrées du patio, la charpente de la verrière et son isolation sont terminées fin novembre. Commencent alors la plâtrerie, la peinture, l'électricité et la plomberie. Ingrid continue ses réunions hebdomadaires avec les ouvriers et le couple se retrouve à l'usine le week-end pour vérifier de plus près la qualité des travaux.

L'appartement prend forme, quelques modifications sont décidées. Le couple choisit d'aménager une cuisine contemporaine avec un revêtement en ardoise et commande un parquet huilé pour le séjour, un plancher en teck pour le patio, et craque pour un escalier de type industriel construit sur mesure... Ces idées déco de dernière heure font encore gonfler la facture.

Janvier 2005 Dernières finitions

La menuiserie et la pose du carrelage et du parquet débutent fin janvier. Le couple met en place un rétroplanning pour ne pas perdre un instant car le but est d'emménager début avril. Les sanitaires et la salle de bains sont créés en février. L'escalier qui relie le séjour au premier étage est livré en mars. Il est un brin surdimensionné et Ingrid et Jean-Marie se cognent parfois la tête contre le plafond, assez bas par endroits. Il est alors repositionné parallèlement au patio, où le volume est plus important. Le 31 mars, une société vient nettoyer l'appartement.

Avril 2005 Enfin chez soi

Fini les mauvaises blagues, Ingrid et Jean-Marie emménagent le 1er avril, soulagés et heureux. L'Arlésienne a finalement belle allure. « On était éblouis. C'était en définitive mieux qu'on ne l'avait imaginé », se remémore Ingrid. Certes, il reste encore quelques petites retouches à effectuer et l'appartement est encore encombré de cartons, mais le couple sourit bien volontiers des ennuis qu'il a dû endurer pendant ces longs mois.

Ils peuvent désormais songer à un troisième enfant. La place ne manque plus, une chambre a d'ailleurs été prévue à cet effet

Jorge Carasso

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