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La Vie immobilière N° 13Paru le samedi 1 décembre 2007 à 00h00

Parlons franc sur le droit au logement


Comment réagissez-vous aux nombreuses mises en cause concernant les administrateurs de biens et les syndics de copropriété (Répression des fraudes, 60 millions de consommateurs...) ?

M. K. M. Dans toute profession, les contrôles sont nécessaires. Nul n'est parfait, pas plus les syndics que les autres. Ce n'est pas une raison pour faire de ces professionnels des boucs émissaires. Le métier est particulièrement difficile, il exige d'être bon technicien, bon juriste, bon psychologue, et de travailler tard le soir. Une assemblée générale est souvent le déversoir des frustrations et mécontentements des copropriétaires. C'est la rançon de la démocratie avec des votes à la majorité qui, souvent, conduisent à une certaine lenteur face au changement et donnent une image vieillotte et balzacienne du syndic. En outre, on confond trop souvent malversation et mauvaise qualité du service. Dans le premier cas, il faut évidemment sévir ; dans le second, la solution passe par une amélioration de la concurrence.

La concentration du marché entre quelques grands groupes ne menace-t-elle pas l'environnement concurrentiel ?

Il était nécessaire de constituer des groupes pour atteindre une taille significative. C'est la démarche que nous avons nous-mêmes adoptée. Ensuite, tout dépend du type d'organisation, système pyramidal ou fédération de centres de décisions autonomes. C'est en quelque sorte un choix entre la chaîne d'hôtels Hilton et les Relais & Châteaux. Les deux modèles ont des atouts, mais je milite pour l'autonomie. Je déteste la centralisation, je préfère la convergence. Gérer par motivation, c'est mieux que gérer par contrainte.

Que pensez-vous du rôle des banques qui ont participé à ce mouvement de concentration en achetant de grands réseaux d'administrateurs de biens ?

Même si j'ai moi-même vendu une entreprise à une banque [la société Atis Real a été cédée en 2004 à BNP Paribas, ndlr], il ne faudrait pas que les établissements bancaires dominent complètement le secteur. Un métier ne doit pas être inféodé à un autre. Aux Etats-Unis, par exemple, les banques et les assureurs ne peuvent proposer des services immobiliers aux particuliers que dans un cadre très restreint. Heureusement, car sinon les problèmes que traverse l'économie américaine auraient été encore beaucoup plus graves.

A propos, justement, de cette crise des subprimes, quelles conséquences pour la France ?

Cette crise est salutaire car elle montre les limites d'une financiarisation trop poussée. Ce qui n'empêche pas des dégâts à court terme. Mais pour l'économie réelle, je ne vois rien de très inquiétant à long terme. La France ne craint rien, l'Europe non plus. A l'extrême, mais on en est encore loin, le seul véritable risque serait une crise de confiance généralisée, ce qui gripperait les mécanismes de crédit et donc toute la machine. Sur le plan mondial, c'est même positif. Cette situation prouve que les Etats-Unis ont moins d'influence qu'auparavant, avec une plus grande concurrence des économies nationales. La mondialisation, s'il y a un seul maître du monde, c'est catastrophique ; s'il y a autant de maîtres du monde que d'intérêts économiques locaux, c'est très bon. Je suis pour toutes les diversités, la diversité entrepreneuriale et la diversité économique.

Que faudrait-il faire pour améliorer le marché français du logement, dont tous les rouages sont actuellement bloqués ?

On ne règle pas les problèmes structurels par une seule décision, par un coup de baguette magique. Le rééquilibrage est long et douloureux. Il nécessite de faire des choix, de lever des ambiguïtés, de faire bouger des équations établies depuis longtemps. Il est par exemple indispensable de trancher, en terme de priorité, entre droit au logement et droit à la propriété. Il est hypocrite de laisser croire que ces deux options sont compatibles. Mais quelle que soit la décision, la solution choisie ne doit pas pour autant faire oublier sa contre-proposition. Si c'est le droit au logement qui prime, ce qui serait mon choix, il faut garantir aux propriétaires un système qui leur assure des minima. Si, comme aux Etats-Unis, c'est le droit à la propriété, les assurances et les organismes de charité entrent en jeu pour les plus pauvres. Je gérerais de manière non libérale les droits basiques et de manière libérale les droits non basiques. Un droit basique, c'est pour le logement le droit à un logement de base. En contrepartie, si tous les droits basiques sont garantis, je ne vois pas pourquoi les profits seraient pénalisés, pourquoi l'impôt serait alors progressif

Françoise Rey

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