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La Vie immobilière N° 14Paru le vendredi 1 février 2008 à 00h00

Une famille, deux maisons, un jardin


Une propriété familiale à Belle-Ile-en-Mer devenue trop petite et un grand terrain... Pourquoi ne pas en construire une seconde ?

Nous avons découvert Belle-Ile-en-Mer il y a plus de vingt ans, explique Clothilde Rougebois. Un vrai coup de foudre. » En 1989, la famille acquiert un terrain dans un hameau au nord de l'île et fait construire une maison de 175 m2 en 1994. « Tout compris, terrain, construction et aménagements, la facture s'élevait à 1 million de francs (150 000 euros) », précise son conjoint, Arnaud Rougebois.

En 2005, le couple décide de faire construire une seconde maison, plus petite, sur le même terrain. « Plusieurs raisons nous ont décidés, explique Arnaud. Tout d'abord, le plan d'occupation des sols avait été redessiné en 2001, nous gratifiant d'une bande constructible supplémentaire. Ensuite, à la même époque, la famille s'est agrandie, avec le mariage d'un de nos enfants et la naissance de deux petites-filles. » La première maison n'était plus assez grande pour accueillir tout le monde. En 2005, leur situation patrimoniale le permettant, ils décident de se lancer. « De toute façon, ce n'est pas un mauvais investissement, quand on sait que la première maison est déjà estimée à près de 360 000 euros », sourit Arnaud.

Mars 2006

Refus du permis

Un architecte, le même que celui de la première maison, établit un premier projet pour une autre, plus petite, séparée de 80 m2, annexe comprise, qui sera refusé en mars 2006. L'architecture à Belle-Ile est très encadrée, littoral oblige. La maison doit avoir un étage, ni plus ni moins, et le toit, dont la pente est fixée, être en ardoise ; la hauteur totale est limitée, comme les dimensions des fenêtres, l'orientation imposée, des techniques de construction traditionnelles obligatoires, comme les pignons qui englobent les toitures. « Même la couleur de la peinture extérieure doit être précisée », rappelle Clothilde. Les modifications apportées, un nouveau projet est soumis en mai et reçoit l'aval de la commune. Quatre mois après l'affichage vérifié par l'huissier du permis de construire, soit le 15 septembre, aucun recours n'a été déposé : les choses sérieuses vont commencer.

Septembre 2006

Resserrer le devis

« Le premier devis était trop élevé, décrit Clothilde. On a fini par arriver à une estimation de 150 000 euros - soit l'équivalent du budget total de notre première maison - en mettant l'accent uniquement sur l'isolation phonique et thermique. Tout le reste est basique, comme le parquet, qui est en pin brut. » Une facture serrée pour deux raisons précises. Tout d'abord, sur une île, il faut prendre en compte le coût d'acheminement des matériaux... Une association locale (la Diji, défense des intérêts des jeunes insulaires) a calculé en octobre 2007 que le prix du parpaing augmente de plus de 200 % avec la traversée ! « Ensuite, comme c'est une maison individuelle, les nouvelles normes en matière d'assainissement s'appliquent, indique Arnaud. Résultat : impossible de la raccorder au système de la première maison, car entre les deux constructions les normes ont changé, justement. » Le cahier des charges est précis et doit être adapté au terrain. « Finalement, sourit Clothilde, on se retrouve avec une vraie ministation d'épuration enterrée, avec deux pompes, qui s'étale sur près de 60 m, tout le long du terrain, à quelques centimètres de profondeur. » Et qui, accessoirement, empêche de planter quoi que ce soit au-dessus. « Juste pour comparer, poursuit Clothilde, dans le champ voisin, une trentaine de campeurs s'installent tous les étés. Sans aucuns sanitaires... » Coût total de ce dispositif d'assainissement : 15 000 euros.

Eté 2007

Retards en tout genre

« Les travaux ont en fait commencé à la fin de novembre 2006, explique Arnaud. La fin était prévue pour juin 2007. Sauf que, à peine la dalle coulée, la météo a tourné à la tempête. » Pluie diluvienne, vent violent, tout travail est impossible. « La dalle est restée telle quelle pendant trois mois », ajoute Arnaud. Après la météo, le facteur humain. Sur une île, on est plus ou moins obligé de travailler avec les artisans locaux. Avantage : ces professionnels connaissent bien le terrain. En revanche, ils sont surchargés de travail et n'ont pas beaucoup de concurrence, ce qui peut mener à des situations ubuesques. « Jusqu'à Pâques, tout se déroulait à peu près normalement, même si le rythme était un peu lent, résume Clothilde. Fin avril, la maison est hors d'eau (la toiture a été posée). Mais en mai, le plaquiste (il s'occupe des cloisons), alors qu'il n'avait pas fini son travail, décide de prendre sa retraite. Et il n'avait pas de successeur. » Conséquence immédiate : le blocage du chantier. A force de cajoleries, l'architecte finira par le persuader d'achever son contrat.

En juin, c'est le travail du plombier qui pâtit de ses problèmes personnels. En juillet, c'est le carreleur qui est distrait par ses autres chantiers. Début août, la maison n'a toujours ni eau ni électricité. « On se disait : c'est raté pour l'été inaugural, on fera ça cet hiver », raconte Arnaud. Mais c'était encore trop optimiste. Le menuisier, travailleur remarquable mais très dispersé entre ses trop nombreux chantiers, mettra plus de temps que prévu pour livrer plancher et volets. « Le peintre s'est remis à travailler début novembre, relate Clothilde. Mais il a dû recommencer assez vite, la peinture achetée n'était pas celle que nous voulions... »

Janvier 2008

Le bout du tunnel

En janvier, l'eau et l'électricité sont raccordées. Mais la peinture n'est pas terminée. Il reste encore des travaux annexes : remettre le terrain en état, en étalant la terre et en replantant du gazon, puis faire construire la terrasse. A l'intérieur, une partie des meubles est arrivée, après un déménagement un peu épique. « Heureusement que le peintre était encore là, soupire Clothilde. Car l'un des deux déménageurs avait des problèmes de dos et ne pouvait ni soulever d'objets lourds ni escalader les marches. »

Un peu désabusés, les Rougebois n'osent plus se prononcer sur une date définitive d'achèvement. « Même s'il ne reste à chaque artisan que trois jours de travail, on en a encore pour trois mois, avec un peu de chance... plaisante Arnaud. De son côté, le fisc n'a pas perdu de temps. Pour lui, la maison est bel et bien terminée, et nous devons déjà payer 2 500 euros au titre de la première moitié de la taxe locale d'équipement... »

Jean-Marie Benoist

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