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La Vie immobilière N° 17Paru le jeudi 1 mai 2008 à 00h00

Vrais et faux riches


Si les milliardaires dirigent le monde, l'illusion de la richesse fait aussi la croissance économique. A condition que les banquiers ne perdent pas le nord.

Environ mille milliards de dollars, c'est la dernière estimation du FMI de l'ampleur de la débâcle financière qui plombe l'économie mondiale. Un chiffre qui fait peur. Qui dit mieux ? Le milliardaire américain Georges Soros : « Nous n'avons pas encore touché le fond », a-t-il déclaré, estimant que le coût des dégâts pouvait encore grossir. Cette crise, « la pire que l'on ait connue depuis 1930 », déclare le magnat, qui avoue ne pas l'avoir vue venir car provoquée par des « produits dont il ignorait l'existence » (1). Autre milliardaire, autre son de cloche. Pour Donald Trump, la mauvaise passe de l'immobilier aux Etats-Unis « devrait se corriger d'elle-même d'ici un an. Un marché, quel qu'il soit, est appelé à connaître ce genre de soubresauts. Il ne faut pas s'y tromper, c'est une règle et non pas une exception », explique-t-il (2). En attendant que les banques répondent à l'ultimatum du G7 - cent jours pour annoncer le montant définitif de leurs pertes -, le brouillard est tel que même les très grosses fortunes en perdent leur latin d'affaires.

Pauvres de nous ! A défaut d'être riche pour de vrai, le Français moyen bénéficiait il y a peu de ce que la théorie économique appelle l'« effet richesse », provoqué par la hausse ininterrompue depuis dix ans de la valeur des biens immobiliers. Il s'y croyait et donc consommait sans trop compter. Je dis bien le Français moyen et pas seulement le propriétaire moyen car, bizarrement, l'envolée du mètre carré a grisé presque tout le monde, y compris ceux que le niveau des prix empêchait d'acheter leur logement. Aujourd'hui que le marché semble s'infléchir, et encore pas partout - à Paris, selon les notaires qui collectent toutes les données, la hausse des prix a été en 2007 (10 %) plus forte encore qu'en 2006 -, la déprime gagne châtelains et manants, bourgeois et bohèmes, primo et secundo-accédants. Même ceux que cette accalmie favorise, car elle les rend de nouveau solvables, font la tête. Un retournement de tendance que les manuels qualifient d'« effet de richesse négative », pour ne pas dire effet de pauvreté. Selon une étude de la direction générale du Trésor (3), un choc à la baisse de 10 % des prix immobiliers aux Etats-Unis (on en est encore loin en France) provoque un recul immédiat ou décalé sur deux ans de la consommation d'une ampleur variant de 0,5 à 1,5 %, selon les modèles.

Un impact beaucoup plus fort que lors d'une baisse de 10 % des cours boursiers, car les propriétaires sont plus nombreux que les actionnaires individuels. Or, quand la consommation recule, la croissance fléchit - certains experts prévoient déjà un taux réduit à 1 % pour la France en 2008 -, et l'investisseur ou l'aspirant investisseur déprime. Le Bipe, société d'études économiques, annonce ainsi que, à l'image de ce début de printemps pluvieux, l'année sera « liquide », les épargnants plébiscitant livrets et comptes à terme au détriment de l'immobilier et de la Bourse. Plus tard, les particuliers recommenceront à investir. Une fois que les cotes seront nettement reparties à la hausse, probablement déjà trop tard. Quant à Soros et Trump, gageons qu'ils seront toujours multimilliardaires, peut-être un peu moins si l'un se trompe aujourd'hui, mais toujours plus que vous ou moi

(1) Le Monde, 11 avril 2008.

(2) Le Figaro, 10 avril 2008.

(3) « Les effets du ralentissement immobilier sur la consommation aux Etats-Unis », direction générale du Trésor et de la politique économique, novembre 2007.

Françoise Rey, rédactrice en chef

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