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Avis d'expertsAvis d'expertsjeudi 12 juillet 2018 à 15h00

L'évolution de la législation autour de Airbnb en Espagne


Julien Gondeau

Biographie Julien Gondeau est un professionnel du secteur immobilier depuis plus de 10 ans, il est le créateur de OuiFind qui propose un service immobilier sur mesure pour les francophones souhaitant acquérir un bien immobilier à Barcelone. Diplômé de l’Institut Supérieur du Commerce de Paris, il est inscrit ...Lire la suite

Avec la hausse des loyers en Espagne dans les grandes villes espagnoles lors des dernières années, Airbnb apparaît comme un coupable désigné.

De nombreux résidents se voient ainsi dans l’impossibilité de continuer à vivre dans le centre ville tant par la hausse des prix que par le flux constant de touristes qui les prive d’un environnement local de « quartier », les commerces des centre villes étant de plus en plus orientés vers les touristes. Du côté des hôtels il existe un clair manque à gagner et ceux ci justifient leurs plaintes contre les plateformes de location d’appartements touristiques en dénonçant le non paiement de taxes par ces dernières.

De plus il n’existe pas de normes homogènes quant à la régulation des logements touristiques et celle ci est décidée ville par ville. Il y a désormais une offre globale de 450.000 logements touristiques en Espagne et cette offre est supérieure à celle de logements locatifs « traditionnels » dans 22 villes.

Le point dans les villes les plus importantes

A Barcelone, pionnière dans la lutte contre les appartements touristiques illégaux, les licences pour appartement touristique ne sont plus attribuées dans le centre ville depuis 2014. La Catalogne dans son ensemble a récolté près de 4 millions d’euros d’amendes depuis 2014 et la mairie de Barcelone a imposé 600.000 euros d’amende à Airbnb et Homeaway en 2017 en raison de la publication d’annonces d’appartements ne disposant pas de licences touristiques. Ce sont plus de 5000 appartements qui ont été sanctionnés en raison d’absence de licence touristique. Par ailleurs un plan avec de nouvelles zones en dehors du centre est à l’étude ainsi que la possibilité de rendre les licences non transmissibles lors de la vente d’appartements disposant d’une licence afin de réduire la spéculation sur ce type de biens.

A Madrid un plan devrait voir le jour dans les prochains moins pour mettre en place un système de zone et de réduire à un maximum de 90 jours par an la location d’appartements à des touristes. Dans les zones « centre » et « centre historique », tous les appartements touristiques seront interdits. Une exception est envisagée : l’obligation d’avoir une entrée séparée dans les immeubles pour résidents et touristes, cette mesure contraignante réduirait ainsi la possibilité dans la pratique à louer à des touristes uniquement dans les immeubles disposant de la totalité des appartements à vocation touristique. A Madrid aujourd’hui on recense environ 6 appartements sur 100 à vocation touristique mais la proportion passe à 1 sur 10 pour le centre ville.

Aux Baléares, Mallorca et Ibiza ont également pris les choses en main de manière plus radicale encore, avec la mise en place à partir de Juillet 2018 d’une interdiction à Palma de Mallorca de la location d’appartements à des touristes. Entre 2012 et 2017, l’offre de location touristique a en effet augmenté de 50%, ce qui a considérablement réduit le parc locatif traditionnel provoquant une forte hausse des prix des locations.

Du côté de Valence, la mairie a annoncé vouloir limiter les nouvelles licences pour le centre ville et envisage également de limiter les locations touristiques au rez de chaussée et premiers étages pour limiter les nuisances pour les résidents permanents. De fortes amendes sont prévues dans le cas d’infraction à la nouvelle loi touristique.

Dans l’ensemble des grandes villes espagnoles on perçoit donc une nette volonté politique de lutter contre les effets pervers du tourisme de masse en cherchant notamment à limiter la hausse des prix des locations classiques et les phénomènes de gentrification. A Barcelone de nombreux inspecteurs ont permis le contrôle réel des mesures décidées et la mise en place d’amendes. En cette année 2018, les prix des locations semble avoir atteint un plafond et les négociations à la baisse sur le prix des loyers sont fréquentes. Il est cependant tôt pour mesurer l’efficacité de ces mesures.

En sera-t-il de même dans les autres villes ? en effet l’application effective de ces mesures est la clef de voûte de la possible inflexion du phénomène qui semble difficilement controlable tant la pression touristique est forte via la volonté des touristes de pouvoir être logés au meilleur prix dans les quartiers les plus centraux.

Julien Gondeau

Estimation de bien

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