Connexion

Mot de passe oublié Pas encore de compte ?
International
LaVieImmo.com
InternationalInternationalvendredi 21 septembre 2018 à 11h50

Avec la crise, les appartements fantômes se multiplient au Venezuela


Dans certains quartiers de Caracas, il n'y a pratiquement plus âme qui vive
Dans certains quartiers de Caracas, il n'y a pratiquement plus âme qui vive
Dans certains quartiers de Caracas, il n'y a pratiquement plus âme qui vive (©AFP)

Dans la capitale, de nombreux logements sont abandonnés par les Vénézuéliens en exil.

(LaVieImmo.com) - Au mur, l'horloge s'est arrêtée à 10h40 et les brosses à dents reposent encore sur le lavabo. Abandonnés quasiment du jour au lendemain par des habitants fuyant le Venezuela en crise, les appartements fantômes se multiplient à Caracas, la capitale.

La maison de Francisco Rojas et de son épouse Elena, fruit d'années de labeur, n'est plus qu'un vestige de l'exode des Vénézuéliens. Dans le réfrigérateur, des glaçons et un pot de sauce tomate. Sur le bar, une bouteille de rhum presque vide. Il y a trois ans, le couple étranglé par la crise économique a mis quelques affaires dans quatre valises et s'en est allé. Elena, 33 ans, avait trouvé du travail en Equateur. Ils n'ont pas hésité. En un mois, elle gagne ce qu'elle aurait gagné en quatre ans à Caracas.

Vendre leur appartement situé dans l'est de Caracas les aurait bien aidés, mais ils ne l'ont pas fait: le bien avait perdu 50% de sa valeur. Il valait 100.000 dollars jusqu'à ce que surgisse la crise économique en 2014. "Nous voulions voir comment cela se passerait pour nous. Maintenant que nous sommes installés, c'est absurde de vendre", explique Francisco, 28 ans, journaliste sportif, depuis Guayaquil.

Des services spécialisés

Des appartements où la lumière reste allumée, des places de parking vides ou des voitures immobilisées sous leur housse, des boîtes aux lettres pleines à craquer... autant de signes de ces abandons soudains. Le phénomène a pris une telle ampleur que des services sont proposés pour gérer les maisons fermées: paiement des factures, représentation lors des réunions de copropriété, jusqu'à aller allumer la lumière pour tromper les voleurs.

Selon l'ONU, environ 2,3 millions de Vénézuéliens (7,5% de la population de 30,6 millions d'habitants) vivent en dehors du pays, parmi lesquels 1,6 million ont quitté le pays depuis 2015.

Francisco et Elena sont partis car ils n'en pouvaient plus de l'insécurité, des pénuries d'aliments et de médicaments, de l'inflation, qui selon le FMI pourrait atteindre 1.000.000 % cette année. Revenir au Venezuela n'est pas pour l'heure dans leurs projets. "Si la situation s'améliore, nous verrons si nous revenons au Venezuela ou si nous vendons l'appartement", explique le journaliste.

Des prix en chute libre

Selon Roberto Orta, président de la Chambre immobilière métropolitaine, les logements au Venezuela ont perdu entre 70 et 80% de leur valeur en cinq ans. Agente immobilière, Carolina Quintero confirme à l'AFP: "Nous avions (dans notre catalogue) un appartement qui valait 170.000 dollars, aujourd'hui il n'en vaut pas plus de 70.000. La propriétaire (qui a émigré) a reçu une offre de 50.000 dollars, elle préfère le laisser fermé".

De nombreuses personnes ayant émigré à l'étranger sont réticentes à louer leur maison, de peur de ne jamais la récupérer, d'autant que les autorités empêchent le plus souvent les expulsions, même en cas d'impayés. La loi oblige les propriétaires à consentir à leurs locataires un bail d'au moins un an, qui peut être prolongé de six mois à trois ans.

Selon l'Institut national des statistiques, 9% des logements étaient inoccupés en 2011, mais ce chiffre a augmenté en raison de l'exode, indique à l'AFP Carlos Gonzalez, président de la Chambre immobilière du Venezuela. De plus, selon Carolina Quintero, "en raison de l'hyperinflation, louer en bolivars n'est pas rentable", et peu de gens ont accès au dollar qui, depuis 2003, n'est disponible qu'au marché noir. La crainte que les résidences soient squattées pèse également lourd.

Ne pas répondre aux questions

Dans les condominiums, il est demandé aux voisins de ne pas répondre aux questions sur les immeubles inoccupés. "Il y a des gens qui passent, voient des appartements avec les lumières éteintes", raconte Carolina Quintero. A Los Palos Grandes, quartier de la classe moyenne dans l'est de Caracas, plusieurs "squatteurs ont été délogés par la police", explique à l'AFP Rafael Guerra, de l'association locale des voisins.

A La Floride, à l'ouest de Caracas, une propriété dans laquelle était installée une entreprise a été pillée par des personnes qui ont profité des vacances des employés. "Ils ont tout volé", raconte l'un d'eux.

Les opposants au régime en place accusent le gouvernement de l'ex-président Hugo Chavez (1999-2013) d'avoir encouragé les occupations de terrains par une loi de 2011 destinée à "sauver le foncier urbain" et à construire des maisons.

Francisco a peur pour son appartement. "Notre famille va toujours vérifier" s'il n'est pas squatté, dit-il. Du Venezuela, ce qui lui manque le plus, c'est sa vie avec ses amis et sa famille. Mais la majorité a fui. "Quand on va au Venezuela, on est plus seul que dans n'importe quel autre pays", glisse-t-il avec nostalgie.

(Avec AFP)

LaVieImmo.com - ©2019 LaVieImmo

Estimation de bien

Estimation de bien
Donnez votre avis
Vous devez être enregistré pour pouvoir poster sur cet article
(il vous reste 2000 caractères)